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20.07.2007

Cent mille oiseaux

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et je t'enlace espérance
ma grave ma nôtre mon inébranlable
ma voix pas métallique
mon doigt sur l'aurore boréale
ma mémoire ma voile mon inflexible
ma crainte mon cran ma cible
ma sœur verte ma mouvance
mon épanouie ma plus-aimée mon espérance
je te salue dans la foi et pur la vie
ma sœur ma mie dans le grand pays d'enfance

j'ai retrouvé ma voûte consacrée
j'ai retrouvé mes battements de bras érigés
et ma douceur natale
ma flèche propre et ma fidélité
j'ai retrouvé mon roc dressé ma colonne ruisselante
et mon midi d'arches paré
j'ai retrouvé le souffle de l'aïeul et sa trace
sur l'ancienne branche
j'ai retrouvé ma mère dans sa belle chanson
de lunes rousses et de val
ma mère si jeune bonne et brisée par le capital
j'ai retrouvé son sourire avec la tranche de pain noir
le canoun de romarin
et la soupe réchauffée
j'ai retrouvé ma mère surexploitée
j'ai retrouvé voûte
et j'ai créé
compte tenu de mes prochaines dimensions
je m'en vais creuser les soleils dans les yeux moribonds
dans la lumière saignante des arbres arrachés
aligner les os les crânes les lèvres des mort-nés
et même si souillée ma bouche si brisé mon cœur
il y aurait le vent du sud il y aurait la salse glauque
je m'en vais placer les rapaces derrière la diabolique machine
pour les voir compter les pièces les effigies une à une
et qu'ils sachent cela qu'ils le sachent
le désarroi d'un homme
qui au soir de sa fille assassiné
ne trouve pas de quoi payer la dalle
compte-tenu de ma peine totale
avec mes mains nues je m'en vais creuser les soleils
m'en vais m'en vais ouvrir le bal
(Moncef GHACHEM - Paris, 1975)