"Plus nous irons loin dans le monde de la connaissance, plus nous nous apercevrons que le mystère demeure (...) Nous parlons : ta voix, ta pensée, les mots dont tu te sers pour l'exprimer me sont les plus familiers du monde. Chacun de nous peut terminer la phrase commencée par l'autre. Et tu es, et nous sommes mystère. Le sourire de la Joconde en contient moins que le plus quelconque de tes gestes. Il arrive, et ce sont des instants privilégiés qui font croire à la perfection du monde, que toute distance est abolie." (...)
"L'amour : une source, une raison de source, le monde devient fertile, c'est l'émerveillement, le sentiment du miracle et, en même temps, du déjà connu, un retour au paradis perdu, la réconciliation du corps et de l'idée, la découverte de notre force et de notre fragilité, l'attachement à la vie et pourtant l'indifférence à la mort, une certitude à jamais révélée et cependant mobile, fluide et qu'il faut reconquérir chaque jour."
"La douceur de l’air me fait rêver, à ce qui fut et à ce qui serait si tu étais là. Je sais que cette rêverie n’est qu’une inaptitude à vivre le présent. Je me laisse entraîner par ce courant sans regarder trop loin ou trop profondément. J’attends le moment où je retrouverai la force. Il viendra. Je sais que la vie me passionne encore. Je veux me sauver, non me délivrer de toi."(...)
Sur le plan de la durée, que représente une vie humaine à l'échelle du monde? «À peine le temps d'un soupir.» On le dit, on le sait, mais que pèse cette sagesse lorsque la mort frappe à la porte, lorsque, dans un couple, elle fauche l'un des deux en pleine jeunesse, laissant l'autre dans la maison vide?
Dans l'afflux des souvenirs où les heures cruelles qui ont précédé cette séparation éternelle se mêlent aux temps heureux d'avant la maladie, le récit d'Anne Philipe prend l'ampleur d'une méditation sur la mort, sur l'amour, sur le bonheur.
Tout est dit sur le ton le plus juste de ce qu'impose la séparation, de ce qu'il faut ensuite rallier en soi pour la supporter, l'accepter - pour conquérir la sérénité sur la solitude et la douleur sans le recours à l'espérance ou la religion. C'est ce qui donne leur prix à ces pages vibrantes de lucidité et de tendresse...
"le temps d'un soupir" est un livre qui m'a été offert par un ami, que je remercierais jamais assez d'ailleurs! c aussi un de ces livres qu'on ne se lasse jamais de les lire, et relires...